Le Banquet citoyen

Posted By sf on Oct 2, 2009 |


LE BANQUET CITOYEN – PERFORMANCE CULINAIRE ET ARTISTIQUE

Celle que l’on appelle aujourd’hui « la Place Saint-François », dans le quartier de Plainpalais, à Genève, n’a pas toujours existé comme telle. Autrefois dédiée au parking et aux voitures, la Place Saint-François, qui fait face à l’église du même nom, a vu le jour en 1994 à la suite d’un mouvement de revendication des habitants du quartier. Ceux-ci demandaient par une pétition que le tronçon de la rue des Voisins, entre le bd du Pont-d’Arve et le passage Saint-François, soit interdit à la circulation et restitué aux piétons. Ainsi est apparue une nouvelle place à Genève, grâce à l’action citoyenne.

La Place Saint-François a été depuis lors le théâtre de plusieurs projets culturels et artistiques : les Yeux de la Ville, la Fête des Voisins, les Jardins éphémères. Les dimanches et jours fériés, c’est au tour des paroissiens et des prêtres de la Confrérie de Saint-François de Salle, de se réunir sur la place. Elle est aussi devenue au fil du temps un lieu de rencontre pour les jeunes du quartier et certains marginaux que les riverains accusent, souvent à tort, de s’adonner au trafic de drogue.

Ce petit film retrace la réalisation d’une performance culinaire qui a eu lieu en 2009, dans le cadre des Jardins éphémères et de la Manifestation d’art contemporain (MAC 09), en partenariat avec la galerie d’art contemporain Agent Double. Il s’agissait pour les artistes de créer un événement sur cette place en mettant en perspective deux manières d’aborder l’espace public : le contrôle des citoyens par l’intermédiaire de caméras de surveillance versus la revitalisation de l’espace public par l’activation des liens sociaux de proximité. Ces deux orientations s’opposent dans la manière des pouvoirs publics de gérer la sécurité et le bien-être des habitants. Et bien souvent c’est la solution de facilité, la solution sécuritaire qui s’impose, alors qu’elle ne fait que repousser le problème ailleurs.

La performance culinaire consistait en la longue préparation, avec l’aide des voisins, d’un grand pot-au-feu destiné à être servi lors du Banquet citoyen, auquel tous les riverains de la place Saint-François étaient invités. La cérémonie du Banquet était ensuite filmée par une caméra de surveillance disposée sur la place pour l’occasion, qui renvoyait des images dans la galerie d’art située à quelques dizaines de mètres de là.

Le Banquet citoyen avait pour ambition de répondre à ces questions : qu’est-ce qu’un quartier ? pourquoi je m’y sens bien ou au contraire je ne m’y sens pas à l’aise ? que puis-je faire ? quels sont mes rêves ? comment en débattre avec mes voisins ? Une série d’interviews d’habitants du quartier, d’usagers de la place, de paroissiens ou de riverains a précédé l’organisation proprement dite du Banquet. Le jour J, les interviews étaient projetés dans la galerie d’art en même temps que les images « volées » de la caméra de surveillance qui renvoyait dans la galerie des scènes de gens en train de dialoguer, de manger, boire et s’amuser.

AFFICHE DU BANQUET CITOYEN

« Je souhaitais m’inspirer de ces banquets qui avaient lieu à Athènes, dans l’Antiquité, où les philosophes, mais aussi de simples citoyens venaient débattre autour d’un repas commun, des grandes questions politiques tout autant que de la gestion courante des affaires publiques. Je me demandais à quoi ressemblaient ces banquets, comment étaient-ils organisés et par qui ? Comment disposer les tables, comment faire dialoguer les citoyens ? (S. Froidevaux, curateur de l’exposition et performeur)

 

 

Le Banquet citoyen (2009). Préparation du pot-au-feu et banquet sur la Place Saint-François. Séquences entrecoupées de petits interviews des voisins et usagers de la place Saint-François – enfants, jeunes du quartier, personnes âgées, paroissiens – qui donnent leur avis sur ce que devrait être ou pourrait devenir cette place dans le futur.

 

Le Banquet citoyen, à travers des citations de Démosthène, Périclès, M. Sahlins, V. Havel, J. Rancière, Shakespeare, A. Moore, O. Wilde, G. Simmel, dites par le comédien Thomas Guiot.