TERRITOIRES CONTEMPORAINS

Posted By sf on Mai 10, 2020 |


Les moments de crises sont révélateurs des tendances latentes de nos sociétés. Nous sortant du quotidien et de la normalité des rapports sociaux, ils mettent à jour nos failles, nos clivages, nos fantasmes, nos peurs enfouies, nos délires collectifs. Les crises révèlent aussi nos valeurs, nos attentes, les choses auxquelles nous tenons le plus, celles pour lesquelles nous sommes prêts à tout sacrifier.  

Aborder ces traits cachés, souvent refoulés, mais symptomatiques de nos sociétés, à travers l’éclairage de l’anthropologie sociale et de la psychanalyse, telle est l’intention de cette rubrique intitulée « Territoires contemporains ».

 

1. La part maudite et le covid-19

Le premier article de cette série est consacré à la part maudite. Reprenant la thèse de Georges Bataille, Beatriz Premazzi, psychanalyste d’orientation lacanienne, relève le caractère fantasmatique de la pandémie de coronavirus qui a conduit une grande partie du monde à se mettre à l’arrêt. Terrifiées par la mort et l’imaginaire que véhicule la maladie et son traitement, nos sociétés contemporaines ont choisi de sacrifier leur liberté et leurs richesses, au risque de conséquences plus graves sur l’économie, sur la survie et la santé des populations. Ici resurgit le spectre de la part maudite, cette part des richesses accumulées qui est condamnée à être dilapidée. Alors que dans les sociétés traditionnelles, basées sur l’échange symbolique, la part maudite est celle dévolue à l’excès, à la fête, aux dépenses somptuaires et aux offrandes faites aux dieux, dans les sociétés contemporaines, toute idée de perte est devenue intolérable. Dès lors, qui est condamné à monter sur le bûcher ? Partant d’une nouvelle d’Augusto Monterroso, « Quand il se réveilla, le dinosaure était encore là » (qui est aussi la plus petite histoire du monde), la psychanalyste montre le danger de se laisser envahir par l’imaginaire plutôt que de faire face au réel de la mort. Le réveil risque d’être difficile.

LIRE L’ARTICLE DE BEATRIZ PREMAZZI